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La (in)sécurité en Haïti : genèse, discours, dynamiques et réformes

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Communication

Roberson Édouard

Actes du séminaire international « Insécurité en Haïti et construction de nouveaux paradigmes » (CEPAL), p. 24 · 2025

L'insécurité en Haïti, après la pauvreté, est devenue l'un des thèmes centraux qui définissent la situation du pays. Elle constitue un problème complexe, aux racines historiques, structurelles et externes. Cette insécurité, et la violence qui l'accompagne, ne doivent pas être analysées uniquement dans une perspective criminalistique ou d'ordre public ; elles sont plutôt la conséquence d'un héritage de violence coloniale, d'injustice sociale et d'inégalité structurelle. L'approche limitée qui a prédominé jusqu'ici, renforcée par les médias et les acteurs internationaux, alimente un discours qui génère de la peur et légitime les interventions répressives, sans toucher les problèmes profonds et systémiques que connaît le pays. L'insécurité en Haïti est, en réalité, le résultat de facteurs historiques et structurels, où la violence et le contrôle ne sont pas des phénomènes récents ou purement internes. Ils proviennent d'une histoire de colonialisme et d'exploitation, ainsi que d'un système d'impunité qui a rendu difficile la construction d'un État capable de garantir la justice et le bien-être pour tous. Dans ce contexte, le concept d'insécurité est utilisé comme un « joker » qui masque une série de problèmes interconnectés et qui nécessite une compréhension multidimensionnelle qui tienne compte des aspects économiques, environnementaux et de santé publique. Il faut absolument identifier ceux qui définit l'insécurité et selon quels critères, car ces définitions conditionnent à la fois les perspectives d'analyse et les justifications pour une intervention externe. La dépendance de l'État haïtien vis-à-vis d'acteurs extérieurs, couplée à un modèle de sécurité basé sur des interventions étrangères – ladite « république des ONG » —, affaiblit les institutions haïtiennes et limite la possibilité de construire un système de sécurité réellement durable. Ce modèle, fondé sur l'aide internationale, a créé un État qui dépend d'autres acteurs qui ne répondent pas toujours aux besoins locaux. Face à ce scénario, il est incontournable d'adopter un nouveau paradigme de sécurité qui considère cette dernière comme un bien commun et qui favorise la participation d'acteurs sociaux divers. Cette nouvelle approche devrait offrir des perspectives à court, moyen et long terme, afin de s'attaquer à l'insécurité aux racines, grâce à l'adoption de mesures préventives, de politiques inclusives, et au renforcement de la cohésion sociale, plutôt que de dépendre uniquement des interventions étrangères. Repenser le concept de sécurité en Haïti implique de passer d'un modèle répressif et de contrôle externe à un modèle construit de l'intérieur, adapté aux réalités locales, et qui renforce l'autodétermination du pays. Cette transformation est essentielle pour qu'Haïti atteigne une souveraineté authentique et durable, qui résiste aux pressions des acteurs nationaux et internationaux, et ainsi construire un nouveau paradigme de la (in)sécurité qui fasse de la sécurité multidimensionnelle (économique, sociale, publique, culturelle, résidentielle, sanitaire) un bien commun, partagé entre tous sans exception.

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